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L'explosion de l'usine AZF.
Il est certain que l'explosion des trois cents tonnes de nitrate d'ammonium stockées dans le hangar 221 de l'usine de la Grande Paroisse à Toulouse est, pour reprendre le titre du livre publié par Henri Farreny et Christian Moretto (1) un désastre annoncé.
Elle eut lieu le 21 septembre 2001, à 10 h 17, dans un dépôt situé au nord de l'usine. L'explosion créa un cratère de soixante mètres sur cinquante, d'une profondeur de sept mètres. La partie nord de l'usine fut complètement détruite (voir photos). Des dommages matériels sévères ont été relevés dans un vaste périmètre autour de l'usine, y compris sur le site voisin de la SNPE (Société nationale des poudres et explosifs). 11 000 appartements, dans un rayon de 3 km furent gravement endommagés. Juste après l'explosion, des nuages de fumées fortement colorées toxiques se répandirent aux alentours.
Le bilan demeure très lourd : 30 morts, 2 500 blessés, dégâts matériels estimés à 2,3 milliard d'euros.
L'explosion entraîna la destruction d'autres réservoirs de stockage de nitrate d'ammonium, ce qui entraîna la pollution de la Garonne. Par miracle, le réservoir d'ammoniac gaz pressurisé (situé à 300 mètres), le réservoir d'ammoniaque liquide (à 600 m) et le réservoir de chlore (à 500m) ne subirent que de faibles dommages. Leur destruction aurait entraîné le rejet dans l'atmosphère de ces gaz hautement toxiques. De même sur le territoire de la SNPE voisine, les cuves contenant du phosgène (dichlorure de carbonyle : COCl2) n'ont pas explosé. Miracle encore car ce produit est un gaz toxique, utilisé comme gaz de combat pendant la guerre 14-18, qui provoque des lésions pulmonaires entraînant une modification des échanges gazeux et la mort (voir les propriétés physiques, chimiques et toxicologiques sur le site de l'INRS)
Le nitrate était stocké dans les zones 221 et 222 d'un hangar en béton dont les murs étaient faits de béton et de briques et dont le toit était un assemblage de tôles ondulées. C'est là que le nitrate hors normes (déclassé) était stocké temporairement. Au moment de l'explosion, environ 300 tonnes y étaient entreposées.
Origine(s) de la catastrophe.
Elle est (sont) controversée(s).
La thèse de l'attentat terroriste a été invoquée mais comment expliquer qu'aucun groupe ne l'ait revendiqué dix jours après les attentats de New-York contre les Twin Towers.
Beaucoup s'en tiennent à un accident industriel dû à de graves négligences. Il faut avouer que les conditions de stockage des ammonitrates réformés n'étaient pas exemplaires et qu'elles autorisent de nombreuses spéculations.
Une réponse claire n'a pas encore été donnée. Peut-être le procès qui doit s'ouvrir début 2006 permettra-t-il d'approcher la vérité et de cerner les responsabilités.
Sans chercher l'exhaustivité, j'ai retenu ci-dessous plusieurs points de vue et hypothèses.
Citons tout d'abord le mémoire très complet mis par Georges Guiochon sur le web, dès 2001, dans lequel sont décrites les propriétés physico-chimiques des ammonitrates et sont rappelés les nombreux accidents dûs à ces engrais.
Dans le texte reproduit ci-dessous G.Guiochon repousse la possibilité d'un accident industriel. Voyons sur quelles bases :
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CE QUI A PU ET N'A PAS PU SE PASSER A TOULOUSE.
Le nitrate d'ammonium est un engrais abondamment utilisé. Ses propriétés explosives comme sa décomposition thermique et ses propriétés oxydantes sont connues depuis plus d'un siècle. On a démontré que
- le nitrate d'ammonium est très peu sensible (cf. Sensibilité Mécanique des Ammonitrates purs et Sensibilité des Ammonitrates à la détonation) aux sollicitations tant mécaniques qu'explosives et n'a jamais explosé spontanément,
- c'est un explosif sûr qui n'explose en fait que difficilement, et dans seulement deux cas possibles :
- s'il est amorcé par un explosif puissant, en quantité suffisante. La sensibilité à cet amorçage dépend beaucoup de la pureté du produit. Elle augmente considérablement en présence de réducteurs tels les combustibles liquides, le sucre en poudre, le soufre pulvérulent, s'il y a mélange intime.
(cf. explosions provoquées involontairement )
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s'il est pris dans un incendie, se décompose et accidentellement entre en contact avec des matières combustibles liquides. Une masse très importante d'un mélange de nitrate d'ammonium fondu et de combustibles peut alors exploser spontanément ou sous un faible choc. La détonation n'intervient qu'après un temps assez long (une à dix heures, parfois plus, presque jamais moins) durant lequel on assiste à l'émission abondante de vapeurs rousses qui, couronnant le hangar de stockage, n'auraient pas pu passer inaperçues des habitants. (cf. explosions ayant suivi un incendie et incendies non suivis d'explosion).
Ces conclusions résultent d'un examen approfondi des enquêtes ayant portés sur les différents incidents, accidents et catastrophes dans lesquels le nitrate d'ammonium a été impliqué : les ammonitrates constituent des produits industriels relativement sûrs lorsque produits, stockés, manipulés, transportés conformément aux règlements en vigueur.
Puisqu'il est de notoriété publique qu'un incendie n'a pas précédé l'explosion de Toulouse, force est de retenir la première explication pour la catastrophe. Cette explication entraîne la conclusion difficilement évitable que l'explosion de Toulouse ne peut guère être un accident. Son origine ne pourra être trouvée qu'à l'issue d'une difficile enquête impliquant une investigation scientifique légale détaillée. Il faut espérer qu'aucun préjugé infondé n'aura empêché la collecte des indices physiques nécessaires à une enquête approfondie.
Georges Guiochon
Distinguished Scientist, The University of Tennessee et
Oak Ridge National Laboratory
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Un point de vue plus nuancé est exprimé dans un article mis en place sur le site lesnews consacré "A la mémoire de Toulouse,une ville meurtrie pour ne jamais oublier..." Selon les auteurs une ou plusieurs des causes suivantes peuvent être à l'origine de la catastrophe :
- Une unité de production voisine explose et entraîne l'explosion des sacs de nitrate réformés stockés dans le hangar 221.
- Une erreur de manipulation dans l'entrepôt entraîne la combustion ou l'explosion de produits chimiques.
- Acte criminel par positionnement de charges explosives amorçant la détonation de tout le stock ?
- Infiltration du nitrate dans le sol et effet de fermentation sur un très long terme (le produit étant très avide d'eau)
- Un phénomène de vieillissement inconnu.
Dans ce contexte on a mis en avant la sensibilisation du nitrate d'ammonium par des dérivés chlorés
Une des hypothèses retenues est celle d'une réaction entre le nitrate et des dérivés chlorés abandonnés dans le hangar 221. Le phénomène de sensibilisation est bien connu. Selon une enquête de police "environ quinze minutes avant l'explosion", 500 kg de dérivés chlorés (grains chlorés utilisés dans le traitement des eaux de piscine appelés DCCNA) auraient été déversés par erreur dans le sas d'entrée du hangar. Cette hypothèse a été corroborée par un collège d'experts. Selon ces derniers, les expériences de laboratoire montrent "... que le contact des ammonitrates et de dérivés chorés devient explosif si les granulés de nitrate sont "impurs" et si l'environnement recèle un important taux d'humidité. Dans ce cas, la réaction conduirait à la formation "systématique" de trichlorure d'azote (NCl3), un gaz instable qui exploserait à température ambiante. Selon les experts, ces conditions étaient réunies le 21 septembre, dans le sas du hangar 221 d'AZF (3)."
La formation d'un gaz instable à la température ambiante qui exploserait spontanèment est séduisante.
Le trichlorure d'azote est connu pour exister (avec des mono, di et trichloramines) dans l'atmosphère des halls de piscine et entraîner des problèmes respiratoires et bronchitiques. Sa formation est due à la combinaison du chlore utilisé comme bactéricide et la pollution azotée apportée par les baigneurs.
Cependant il semble que l'accumulation en phase gazeuse du trichlorure d'azote jusqu'à la concentration explosive ne soit possible qu'en milieu confiné. Existait-il un tel milieu dans le hangar 221 ?

(photo extraite du reportage publié sur http://toulouse.azf.free.fr/21-09-01/page.htm)
Il faut citer maintenant les recherches poursuivies depuis plusieurs années sur l'origine de l'explosion par Henri Farreny, professeur à l'Institut National Polytechnique de Toulouse (Voir le site vivevoix)
Dans ce qui suit nous rapportons quelques points développés dans la conclusion du texte de synthèse mis sur le web en août 2004 :
" Nous n’avons pas évoqué tout ce qui fait problème dans cette affaire.
Notamment les violations patentes de la législation Seveso dont s’est rendue coupable l’administration d’État dans la Zone chimique de Toulouse : si la légalité avait été respectée la catastrophe n’eut pas été aussi meurtrière et dévastatrice. (...)
Des faits bien établis (...)
Aujourd’hui il est établi qu’il s’est produit deux explosions (par précaution, disons principales). La 1ère, à l’origine de l’unique trace sismique publiée, s’est produite vers 10 h 17 mn 56 s, quelques centaines de m à l’Est de l’actuel cratère AZF. La 2ème, 8 à 9 s plus tard, dans le hangar 221 d’AZF.
Il est établi que, 3 semaines avant la catastrophe, les autorités redoutaient une attaque terroriste contre la SNPE; cette inquiétude n’a pu que croître à la suite des attentats de New-York.
Il est établi qu’au moins un hélicoptère était présent au voisinage immédiat du site chimique au moment de la catastrophe. Et que les gens qui savent pourquoi cet hélicoptère était là se sont tus depuis 3 ans.
Le nouveau camp de base pour la recherche de la vérité doit être planté à cette altitude.
Partant de là on peut travailler à répondre aux questions bien fondées (liste non exhaustive) formulées ci-après.
Des questions bien fondées
1) Quelles sont les causes et les circonstances de la 1ère explosion?
2) A-t-elle entraîné l’explosion d’AZF ? si oui comment ?
3) Si non, pourquoi et quelles furent alors les causes propres de celle-ci ?
4) Identité de l’hélicoptère ? Mission ? Informations recueillies ? Pourquoi et comment ce long incognito ?
5) Quelles furent les mesures antiterroristes autour de la Zone chimique à partir du 31 août, puis du 11 septembre 2001 (données, missions, effectifs, moyens, résultats) ?
Répondre aux questions des 4e et 5e groupes n’est qu’une affaire de volonté politique.
Des présomptions à éprouver, des pistes à explorer
L’analyse générale des témoignages conduit à associer les vibrations du sol à la 1ère explosion et l’onde de choc aérienne à la 2ème. En outre la 1ère explosion ne semble pas avoir creusé de cratère. D’où l’hypothèse d’une 1ère explosion souterraine.
Le sous-sol de la SNPE est aussi pollué que celui d’AZF. On a plusieurs fois découvert des fûts chimiques jadis enfouis, oubliés, voire des bombes lâchées en 1944. Le passé militaire de la SNPE pousse à considérer aussi l’éventualité d’anciennes galeries ou installations enterrées. On pourrait donc songer à une lente dégradation chimique et une amorce spontanée ; ou fortuite, par choc mécanique ou électrique, éventuellement masqué par un autre événement.
En d’autres lieux, il est déjà arrivé que d’anciens puisards, des canalisations, d’égouts par exemple, occasionnent des problèmes, par combinaison malencontreuse d’effluents, formation et accumulation de gaz…
D’un autre côté, on ne peut exclure qu’une explosion de surface laisse une trace sismique. Ce cas a été observé lors d’explosions impliquant des nappes de gaz.
Certains lieux de la SNPE méritent une attention particulière. Par exemple: le transformateur électrique 63 kv, la chaufferie, … mais aussi divers bâtiments du Sud de la SNPE qui ont été rasés si vite que le juge s’est enquis des raisons.
Divers éléments plaident en faveur d’une activité policière ou militaire autour de la Zone chimique, avant, pendant et même après la catastrophe. Une telle activité ne pourrait étonner dans les circonstances politiques dramatiques que connaissait la planète à ce moment là. Beaucoup de témoins font état de phénomènes lumineux avant les explosions. Il est donc pertinent d’envisager des scénarios tels que : fausse manœuvre (par exemple : un drone frappant une installation au sol, ou une ligne électrique aérienne, ou deux lignes en même temps), acte préventif justifié ou non, riposte à une agression réelle ou supposée.
Accident, attentat, bavure militaire ?
La catastrophe ne fut peut-être qu’un accident industriel... Dans ce cas, elle n’a pas démarré au hangar 221 d’AZF, comme on a voulu nous le faire croire depuis le début. Il convient alors de comprendre la relation entre la 1ère explosion et la 2ème. Voici des éléments hypothétiques.
Les incidents électriques côté SNPE pourraient avoir été répercutés par le câble électrique à 6,2 kv qui traverse le bras de Garonne séparant la SNPE et AZF. Au niveau du poste électrique auquel est relié le réseau 6,2 kv d’AZF, a été constaté un très grave incident électrique : 18 000 A pendant 900 ms, ce qui laisse supposer un énorme dégagement énergétique pouvant engendrer des phénomènes variés alentour. Dont divers témoignages font état.
Une partie de cette énergie pourrait avoir été captée par une des installations d’AZF, éventuellement la tour de fabrication du nitrate d’ammonium. Selon plusieurs témoignages, cette tour a « décollé » avant l’explosion du hangar 221. Certains experts envisagent que du nitrate fondu, en cours de fabrication dans cette tour, ait été ainsi porté à très haute température, puis soit venu frapper le stock du hangar 221, provoquant l’explosion.
La catastrophe a peut-être résulté d’un attentat… En dépit de certaines préventions irrationnelles, il est légitime d’étudier la piste d’une malveillance voire d’un attentat. « La piste odieuse de l’attentat » avons-nous pu entendre ou lire ! Il n’y a pas de piste a priori odieuse. Ce qui est odieux c’est de brider la recherche de la vérité. Ce qui serait odieux c’est que la découverte de cette vérité soit imputée à des boucs émissaires.
La piste de l’attentat doit être étudiée parce que le dossier comporte des faits qui lui confèrent une certaine crédibilité. Et qu’il faudra de toutes façons élucider, pas éluder. Nous en avons évoqué quelques uns, il en est d’autres.
Que la 2ème explosion, chez AZF, résulte d’un attentat, ne serait pas incompatible avec l’occurrence d’une explosion préalable à quelques centaines de m. Car l’événement déclencheur de cette 1ère explosion pourrait être une autre composante de l’agression ou un acte défensif.
Enfin, la catastrophe pourrait avoir été déclenchée par une bavure militaire, sans attentat… Peut-être une erreur de guidage ou une panne d’un engin de surveillance ? Peut-être un tir préventif inopportun ?
La vérité : un droit, un besoin, un devoir
Quelle que soit la vérité, il faut la connaître. Et donc la chercher.
C’est un dû pour les victimes, pour tous ceux qui ont souffert. C’est un droit pour tous dans un pays démocratique.
C’est un besoin pour mieux se prémunir dans l’avenir contre de tels drames.
C’est un devoir éthique pour ne pas tromper la jeunesse qu’on éduque justement dans l’effort pour un monde meilleur."
(1) "Toulouse chronique d'un désastre annoncé", Henri Farreny et Christian Moretto, janvier 2002, Cépaduès-Editions
(2) Voir : http://toulouse.azf.free.fr/nitrate/ammonium.htm
(3) "Le Monde", 7 juin 2002
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